Parution : 17 février 2012
ATHÈNES une tragédie grecque

Depuis 2008, les images d’Athènes en feu égrènent les actualités de nos paysd’Europe de l’Ouest comme une triste rengaine. L’opinion plaint les premières victimes de l’austérité tout en présumant qu’ils doivent bien y être pour quelque chose, ces matelots dont le bateau chavire… Nous l’avons vérifié, les clichés sur ce pays que nous onnaissons mal sont tenaces. Les Grecs seraient paresseux, fraudeurs et profiteurs. A l’heure où s’écrit une page noire de leur Histoire, il nous a donc semblé essentiel de donner la parole aux Athéniens. L’agonie de la capitale, plus qu’ailleurs, incarne le renoncement à un mode de vie.

Journalistes indépendants, nous avons franchi la frontière grecque pour la première fois en mars 2011. Nous suivions alors des hommes et des femmes, des familles, en quête d’une vie meilleure. Migrants économiques ou exilés politiques, ils avaient parcourut des milliers de kilomètres et nous confiaient leurs rêves d’Europe.

La Grèce avait annoncé la création d’un mur de 12,5 kilomètres à sa frontière terrestre avec la Turquie et nous mesurions les désillusions possibles : depuis la convention Dublin II*, l’Europe de Schengen avait promis de durcir sa politique d’immigration et la montée de l’extrême droite, y compris en Grèce, ne laissait guère présager un accueil chaleureux. Nous avons découverts en même temps que ces clandestins une capitale meurtrie et hostile, miroir de tous les maux du vieux continent. Aujourd’hui, la Grèce et ses alliés de Frontex peinent même à achever le financement de cette « barrière » aux portes de l’Europe.

En octobre 2011, une nouvelle période de tension extrême s’annonçait et nous sommes retournés à Athènes. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous avons rencontrés des jeunes et des adultes, des travailleurs et des retraités, des célibataires et des couples, des Grecs et des étrangers... Bien conscients de leur triste réputation, ils nous ont invités en toute transparence à saisir une réalité qui fait trembler l’Europe entière. Ils nous ont racontés leur quartier, leur métier, leur famille. La « crise », ce purgatoire de la modernité, ils la vivent au jour le jour, comme une guerre. L’incertitude, voilà le sentiment quihante les coeurs.

En 2012, l’économie grecque reste sous perfusion, en perpétuelle attente d’une nouvelle tranche d’aide accordée par la Troïka*. Le pays connaît sa cinquième année consécutive de récession et le défaut de paiement de la dette - 14 milliards d’euros d’intérêts par an - menace toujours. Le coût de l’austérité, estimé à plus de 10 500 euros par an et par foyer, va augmenter. Le destin des Athéniens bascule dans une implacable tragédie.

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