Parution : 11 juin 2012
En avant vers un Front de gauche du Bien-vivre !

Le Front de gauche sort affaibli des législatives, électoralement, mais pire encore politiquement. Le Front de gauche n’a pas su maintenir la dynamique. Cet échec doit être analysé, sans rien cacher de ses causes, dans le but de renouer avec une stratégie victorieuse. Plusieurs raisons concordantes expliquent cet échec.

1) Tout d’abord Le Front de Gauche a choisi de ne pas mener de campagne nationale pour ces législatives. Nous avons fait dans ce domaine le service minimum
alors qu’il fallait au contraire ouvrir toutes grandes portes et fenêtres pour permettre de faire vivre la mobilisation, sans souci d’appareil, sans concurrence.
Conséquence : aucune initiative forte n’a été prise au niveau national alors qu’on pouvait imaginer un nouveau rassemblement à la Bastille, des pique-niques
festifs unitaires dans chacun des départements, etc. Chaque organisation du Front de gauche a mené finalement sa propre campagne de façon très isolée. J’ai,
en tant que co-initiateur du Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance, soutenu des candidats du Front de gauche, PCF, PG, GU…. Je le dis
avec force : le Front de gauche ne pouvait qu’échouer à choisir de rester un cartel électoral.

2) Le Front de gauche n’a pas su donner un sens politique fort donc clair à ces élections législatives. Les thèmes mis en avant étaient en retrait par rapport aux
présidentielles. On a joué l’idée illusoire d’un « vote utile » Front de gauche dans l’espoir de peser sur le PS. Conséquence : le sens général du vote Front de
gauche (un vote à la fois anticapitaliste et antiproductiviste) a été gommé au profit souvent d’une simple surenchère. Nous payons aujourd’hui les insuffisances
de notre projet. Je reste convaincu que nous aurions gagné à parler de gratuité des services publics locaux, de réduction du temps de travail (les 32 heures tout
de suite !), de sortie nécessaire du nucléaire, etc. Nous n’avons pas su susciter le désir, donner envie...

Le Front de gauche est aujourd’hui au pied du mur. Nous devons plus que jamais garantir son futur. En refusant de participer, même à titre individuel (sic), au
gouvernement « socialiste » qui sera bien davantage un gouvernement d’alternance que d’alternatives, ce qui n’interdit pas d’être une force de propositions ; en
créant des collectifs locaux du Front de gauche, ouverts à toutes et à tous ; en libérant les initiatives pour enfanter un nouveau projet capable de susciter le
désir, en prenant acte, à la fois, de la faiblesse électorale de nos forces, mais de la richesse des expérimentations. Oui, il existe déjà une société post-capitaliste
et post-productiviste en souffrance. Nous devons ajouter à l’insurrection électorale et à celle des consciences, l’insurrection des existences. Nous devons
réinventer une gauche maquisarde, une gauche qui fasse au maximum sécession d’avec les logiques du capitalisme et du productivisme, une gauche
buissonnière mais capable de faire école. Nous devons penser, dès maintenant, les conditions de l’émergence de petits bouts d’une autre société, grâce à la
richesse d’un véritable « socialisme municipal » autour notamment de la gratuité des services publics, grâce au retour nécessaire du mouvement coopératif,
grâce à l’essor d’un « syndicalisme à bases multiples », etc. Nous devons apprendre à passer des passions tristes aux passions joyeuses, seule façon de
battre le F-Haine. Nous devons dire que « résister c’est créer ». Nous vous donnons rendez-vous lors du Forum mondial de la pauvreté (fin juillet à Pau) que
nous co-organisons avec Emmaus-Lescar-Pau pour obtenir du pouvoir socialiste les moyens de multiplier les alternatives, pour libérer sans cesse de nouveaux
territoires (comme le furent les radios libres et les lois Auroux en 1981) ; nous vous donnons rendez-vous lors du deuxième forum national de la désobéissance
à Grigny (Rhône), le dernier samedi de septembre, pour « désobéir à l’Union Européenne » en organisant un référendum d’initiative citoyenne sur le traité
Merkozy, « pour désobéir à la dette » en organisant des audit des dettes publiques, en formant citoyens et élus à la désobéissance, une désobéissance pour
dire « Non à tout ce qui nous tue » et « Oui au Bien-Vivre ». Face à l’échec malheureusement programmé du Parti socialiste et d’EELV, compte tenu de leurs choix politiques, nous ne pourrons résister à la vague brune qui menace l’Europe, que si nous avons un grand projet à la hauteur de l’histoire, que si nous inventons
une nouvelle gauche tout autant sociale qu’écologique, une gauche de rupture avec le capitalisme et le productivisme, une gauche qui sache que la croissance
économique ne reviendra pas, une gauche qui sache qu’il faut construire, dès maintenant, une société post-croissance, post-extractiviste, une gauche
partageuse, une gauche capable d’écrire de « nouveaux jours heureux ».

Paul Ariès
Rédacteur en chef des Z’indigné(e)s
Directeur du journal le Sarkophage
Co-initiateur du Front de gauche antiproductiviste et objecteur de croissance
Auteur de « Le socialisme gourmand, le Bien-vivre, un nouveau projet politique » (La découverte, mars 2012).

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