Parution : 3 janvier 2013
Lutte contre les grand projets imposés inutiles
Pour le choix d’une société du "buen vivir"

La multiplication des Grands projets inutiles imposés oblige à prendre au sérieux le capitalisme vert. Que peut-on lui opposer ?

Les pays pauvres multiplient les dons théoriques aux pays riches englués dans l’économisme (cette idée que « plus » serait nécessairement égal à « mieux ») et dans la défense des modes de vie capitalistes (jugés non négociables par la droite et une partie des gauches). Nous avons déjà dit aux Z’indigné-e-s tout le bien que nous pensons de notion comme le sumak Kawsay, le Buen Vivir, etc. Les mêmes paysans qui avaient fondé le Mouvement des paysans sans terre ont ensuite créé le Mouvement des affligés par les barrages… Le MAB dit ne pas être par principe contre l’énergie hydraulique… mais il questionne : l’énergie pour qui et pour faire quoi ? La réponse est sans équivoque : il y a déjà bien assez d’énergie disponible pour satisfaire les besoins humains. Ce sont les grands groupes, ce sont le capitalisme et le productivisme qui ont besoin de « toujours plus » (« toujours plus » de production, de consommation, d’accumulation des richesses, toujours plus loin, plus grand, plus vite, etc…). Il ne s’agit bien sûr pas de copier à l’identique les recettes imaginées par les pays les plus pauvres, il s’agit d’inventer un Bien-vivre, un éco-socialisme, un socialisme gourmand pour l’Europe du 21e siècle…Oui, nous sommes des militants anti-extractivistes, c’est pourquoi nous refusons, partout en Europe, les Grands projets inutiles imposés…

Grands projets ? Il s’agit de tous ces mégaprojets qui nous éloignent toujours plus de la société dont nous rêvons, que nous essayons de construire ensemble hic et nunc, ce sont ce que nos amis africains appelaient dans les années soixante-dix les « éléphants blancs »…Ces grands projets utiles seulement à une petite minorité friquée…Ces grands projets sont tout autant industriels que culturels, ils sont tout autant matériels qu’immatériels…Ce sont ceux qui alimentent ces fantasmes de toute-puissance, l’idée d’un monde sans-limite...

Grands projets inutiles ? Ce n’est pas à nous, militants des gauches antiproductivistes et amoureux du Bien vivre, de lister ce qui est utile ou inutile, même si nous avons, bien sûr, nos propres préférences, même si nous estimons qu’il est légitime de choisir une option préférentielle pour les plus pauvres (donner plus à ceux qui ont eu moins), c’est à la
population de choisir démocratiquement ce qu’elle considère être des produits de haute nécessité… Nous devons en finir avec l’opposition funeste des vrais et des faux besoins, déjà parce que le besoin de domination est aussi réel que celui de partage, même s’il n’est pas aussi légitime moralement, ensuite parce que nous devons en finir avec cette conception d’une gauche conçue comme une avant-garde éclairée, détentrice d’une science de l’histoire, comme une petite minorité détentrice de la vérité et apportant de l’extérieur la bonne conscience au peuple nécessairement dans l’erreur. Nous avons appris en effet, au XXe siècle, que la grande question pour les gauches, ce n’est pas de prendre le pouvoir, ni même de le partager, mais d’apprendre à s’en défaire.

Grands projets inutiles imposés ? Nous combattons en effet les diktats des puissants, nous refusons la loi du fric et de la techno-science, nous refusons aussi bien l’agression publicitaire au quotidien que l’imposition aux sociétés du nucléaire, des OGM, des gaz de schiste. Notre réponse aux oukases des puissants, c’est d’être du côté de toujours plus de démocratie, d’inventer, pour cela, de nouvelles formes de démocratie, aux côtés de la démocratie délégataire. Nous sommes en effet convaincus que l’expertise de tout un chacun vaut bien celle des spécialistes du système. Les experts ont un rôle : celui de montrer qu’il y a toujours des alternatives, que le système est toujours ouvert, et que c’est au peuple ensuite de décider, quitte à se tromper, quitte à faire les mauvais choix, quitte à préférer les énergies conventionnelles aux énergies renouvelables, quitte à préférer la gratuité du stationnement pour les voitures à la gratuité de l’eau vitale, à celle des transports en commun urbains, etc. C’est ensuite de notre responsabilité de poursuivre le combat et de dire qu’ils se trompent.

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